Architecture et mobilier

Édifice roman du XIIe siècle, l’église Saint-Martin de Gasparets présente la sobriété robuste des constructions rurales de son époque : des murs épais comme des fortifications, une nef voûtée en berceau brisé, un chevet légèrement plus ancien que le reste de la nef. Ni clocher-tour ni façade ornementée mais un édifice qui porte la mémoire de plusieurs siècles de destructions supposées et de recompositions.

Description de l’édifice

L’église est un édifice rectangulaire de plan simple, composé d’une nef voûtée et d’un chœur légèrement plus bas, également voûté, séparés par un arc triomphal brisé. Une sacristie de construction postérieure, probablement fin XIIIe siècle prolonge le chevet côté est. Les dimensions de l’ensemble sont de 23 mètres de longueur pour 9 mètres de largeur. L’édifice jouxte le cimetière côté est et sud.

Les parements extérieurs sont entièrement appareillés avec soin. Les assises mesurent entre 18 et 22 centimètres de hauteur, parfois davantage lorsque les éléments sont posés en délit. Une corniche en cavet surmonte les murs de la nef et du chevet à l’extérieur. À l’intérieur, la corniche, limitée à la nef et placée à cinq mètres du sol, présente un profil à boudin, petite gorge et listel. La voûte prend naissance à la pleine assise au-dessus de ce bandeau (Roger Hyvert, rapport d’inspection, 1948).

Plan d’architecture extérieure

La nef et le choeur

La nef est couverte d’une voûte en berceau brisé. L’arc triomphal séparant la nef du chœur est lui-même brisé, d’une épaisseur de 48 centimètres. Le chevet est la partie la plus ancienne de l’édifice : un manque de liaison net entre les deux parties est visible à l’œil nu, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Derrière le chœur, un mur cintré de construction récente délimite la petite sacristie.

Les façades

L’épaisseur des murs d’1m20 et la forme des ouvertures donnent à l’édifice un caractère défensif prononcé. Sur la façade sud, trois ouvertures étroites à ébrasement intérieur ressemblent davantage à des meurtrières qu’à des fenêtres d’église. Les cinq baies au total ; une fenêtre au sud du chevet, deux baies nord murées, deux fenêtres sur la nef au sud sont toutes à simple ébrasement vers l’intérieur ; à l’extérieur, ce sont des fentes couvertes chacune d’un linteau échancré en plein cintre. L’église pouvait ainsi servir de refuge aux villageois lors d’épisodes de troubles.

Sur les façades nord et sud, des trous de boulin, encoches carrées laissées par les madriers d’échafaudage ou de construction sont visibles en rangées symétriques. Florent Auriol, architecte des Monuments Historiques qui a conduit le diagnostic de l’édifice en 2019, interprète cette symétrie comme l’indice d’un possible enclos ecclésial avec église fortifiée ; un regroupement défensif médiéval caractéristique de certaines constructions rurales du Languedoc.

Les altérations des pierres sur les façades nord et sud, combinées à la diversité des maçonneries visibles, ont conduit à formuler l’hypothèse d’une destruction partielle par incendie lors d’épisodes de troubles sans qu’aucune preuve documentaire ne soit à ce jour venue confirmer ou infirmer cette hypothèse.

Le clocher et la porte des morts

La façade ouest est dominée par un modeste clocher-mur à deux baies alignées, de construction postérieure au XVIe siècle selon Roger Hyvert. Il ne paraît pas antérieur au XVIIe siècle et ses deux lézardes de part et d’autre de la maçonnerie témoignaient en 2019 d’une dégradation avancée avant restauration. Les cloches qu’il portait jadis avaient disparu ; une seule petite cloche y sonnait encore avant de disparaître elle aussi au cours des années 1980.

À la base et au centre de cette même façade ouest se trouve l’emplacement d’une petite porte murée, dont l’encadrement a été refait sans caractère. Cette porte est connue comme la « porte des morts », un passage utilisé dans les églises romanes pour transporter le cercueil du défunt jusqu’au cimetière attenant, sans que les fossoyeurs n’aient à pénétrer dans l’église. Sa position côté ouest est cependant atypique : dans la tradition romane, la porte des morts se trouvait normalement dans le mur nord, le nord étant associé au royaume des ombres et des morts.

Or, côté nord de l’église, on distingue également un encadrement en pierres caractéristique d’une porte. La corrélation avec les sépultures découvertes contre ce mur nord lors des sondages de 1952 et 1983 est troublante. Y aurait-il eu deux portes des morts à Saint-Martin, ou la porte nord était-elle la porte originelle, murée ultérieurement quand le cimetière s’est déplacé vers l’est ? Cette question reste ouverte.

Les oculi

Deux oculi ont été murés à une date indéterminée. Le premier se trouve sur l’arc boutant entre nef et chœur ; le second est percé dans le mur est de la sacristie. Roger Hyvert signale en 1948 un troisième oculus, récent, à l’est du chevet. La présence de l’oculus de la sacristie aujourd’hui muré, pourrait être un vestige de l’édifice wisigothique primitif et trahit la séquence constructive de l’édifice. L’un de ces oculi a été rouvert lors des travaux récents de l’APREG, restituant à la nef une lumière qu’elle n’avait plus depuis des décennies.

La description technique de Roger Hyvert (1948)

Roger Hyvert, inspecteur des Monuments Historiques, a conduit l’inspection de l’église le 27 avril 1948. Son rapport constitue la première description technique officielle de l’édifice. En voici la retranscription :
 
« Édifice rectangulaire. Il se compose de deux parties. Une nef élevée, voûtée ; à l’intérieur on voit nettement le manque de liaison entre ces deux parties dont la plus ancienne est le chevet. Arc triomphal brisé, épais de 48 cm. En arrière, construit à une époque récente un mur cintré, délimitant une petite sacristie. Les murs latéraux sont très épais. Les parements sont entièrement appareillés et avec soin (des enduits partiels masquent ou altèrent l’aspect de cet appareil). Les assises mesurent 18 à 22 cm, parfois davantage quand les éléments sont posés en délit. Une corniche en cavet surmonte les murs de la nef et du chevet à l’extérieur. À l’intérieur la corniche, limitée à la nef, à 5 m du sol, a pour profil un boudin, une petite gorge et un listel. La voûte prend naissance à la pleine assise au-dessus de ce bandeau.
 
Fenêtres : chevet éclairé par une fenêtre au sud, les deux baies qui existent au nord ont été murées. Deux autres fenêtres éclairent la nef au sud. Soit au total 5 baies, toutes à simple ébrasement vers l’intérieur. Au dehors ce sont des fentes plus hautes à la nef qu’au chevet, couvertes chacune d’un linteau échancré en plein cintre. L’une des baies a été agrandie à l’extérieur — oculus récent à l’est au chevet, aussi oculus, muré, entre nef et chevet.
 
Porte : elle s’ouvre au sud sous un arc en plein cintre, composé de 7 claveaux longs, l’arrière-voussure est en plein cintre.
 
Tombe : dans l’axe de la nef, vers le fond, une dalle funéraire en grès porte des traces d’inscriptions du XVIe ou XVIIe siècle.
 
Cuve baptismale : dans l’angle sud-ouest, grande cuve ovoïde haute de 96 cm.
 
Façade ouest : présente à la base une porte murée, encadrement refait et sans caractère. Le pignon est surmonté par un petit clocheton à deux baies en ligne. Ce clocheton ne paraît pas antérieur au XVIe siècle. »

Le cimetière wisigothique et les sépultures médiévales

Un article de presse daté du 11 février 2015 évoque l’existence d’un cimetière wisigothique autour de l’église. Deux séries de découvertes archéologiques viennent étayer cette ancienneté des sépultures.

En février 1983, des sondages de la commune de Boutenac en vue d’une éventuelle extension du cimetière viennent confirmer ces découvertes, cette fois côté nord. L’entreprise Villanova pratique neuf excavations à la pelle mécanique. Les déblais révèlent de nombreux fragments d’ossements humains épars, ainsi que le squelette d’une jeune femme de la fin du Moyen Âge, déposée dans un caisson de pierres fermé par des lauzes, à un mètre de profondeur, orientée est-ouest, sans mobilier funéraire. Dans la fosse la plus proche de la porte du cimetière, une rangée de pierres de gros appareil est interprétée comme les vestiges d’une substructure, en corrélation avec des réajustements visibles sur la façade nord de l’église. Le sol s’avérant trop caillouteux le projet d’extension ne sera pas réalisé (L’Indépendant et Midi Libre, février 1983).

Le mobilier et les objets remarquables

La jarre wisigothique — fonts baptismaux

Dans l’angle sud-ouest de l’église se trouve une grande cuve ovoïde en pierre massive, haute de 96 centimètres, sans décoration, qui a servi de fonts baptismaux. Vincent Perret, dans sa Fiche Boutenac n° 2, la rapproche du type de bénitier du IXe siècle de Saint-André de Sorède, d’après la classification de Lasteyrie « Cette cuve est en pierre. Sa forme est celle d’un ventre de Dolium du type du bénitier du IXe siècle (d’après Lasteyrie) de Saint-André de Sorède. » ( V. Perret, Fiche Boutenac n° 2).

Considérée comme wisigothique, sans décoration, elle a été transportée au fond de l’église pour servir de fonts baptismaux. C’est l’un des objets les plus anciens conservés dans l’édifice, et l’un des témoins les plus directs d’une pratique religieuse antérieure à la construction romane du XIIe siècle.

La dalle funéraire de 1602

Au centre de la nef, dans l’axe de l’édifice, une dalle funéraire en grès porte des inscriptions du XVIe ou XVIIe siècle — retranscrites par M. Cabaussel, ancien enseignant du hameau — attestant la sépulture d’un moine d’origine noble décédé en mars 1602. Son identité est restée inconnue malgré les recherches aux archives. Une seconde sépulture, vraisemblablement celle d’un prêtre, se trouvait dans le chœur ; elle est aujourd’hui recouverte.

Le tableau Renaissance

L’église possédait un tableau d’époque Renaissance, d’école espagnole, représentant saint Martin à cheval. Surmontant l’autel, il constituait l’élément iconographique le plus remarquable de l’édifice. Il a été dérobé en juin 1984 et n’a jamais été retrouvé.

Nous pouvons ainsi distinguer plusieurs phases constructives :
Un premier édifice cultuel wisigothique ou chapelle est probable sur ce site dont sa forme devait ressembler à la chapelle Saint-Laurent de Moussan, édifice précanonique comparable dans la région. La présence de la jarre wisigothique utilisée comme fonts baptismaux et le cimetière wisigothique confortent cette hypothèse.

Au XIIe siècle, la structure romane que nous connaissons est construite ; fortifiée au sud et adossé à la construction précédente aujourd’hui détruite. Le bâtiment devait être à l’origine quadrangulaire ; le chœur a été reconstruit en partie sur les ruines de l’ancienne église, avec le même appareil que l’ensemble du bâtiment.

Au XVIIe siècle, sous l’influence de la famille de Montredon, seigneurs de Gasparet, plusieurs éléments sont probablement réalisés ou remaniés : le mur du chœur, le clocher avec ses deux cloches, le retable, la litre funéraire. C’est peut-être à ce moment que la porte des catéchumènes et la porte des morts furent murées, le cimetière se déplaçant vers l’est.

La restauration conduite par l’APREG à partir de 2016 ouvre une nouvelle phase, documentée dans le menu APREG de ce site.

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